Quinze ans après sa destruction, une nouvelle centrale hydroélectrique verra le jour sur les rives du lac noir
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D’origine glaciaire et prisé des amateurs de randonnée, le lac Noir, situé à 955 mètres d’altitude au-dessus d’Orbey, possède également un intérêt économique. Ce mercredi 19 mars, une réunion publique a rassemblé plus de 150 habitants afin de présenter un projet de construction d’une centrale hydroélectrique sur ses rives.
Sa mise en service est envisagée d’ici 2030. Le projet, largement soutenu dans la vallée, s’inscrit en réalité dans une continuité historique.
"Une centrale fonctionnait autrefois au bord du lac avant d’être démolie en 2014, après l’arrêt de son activité en 2002 à la suite de plusieurs incidents. EDF en détenait le bail jusqu’en 2009, mais aucun projet de relance n’a abouti depuis, le dernier ayant été abandonné en 2019", explique Guy Jacquey, maire d’Orbey. "Lors de sa construction dans les années 1930, il s’agissait même de la première STEP de France, voire du monde", ajoute Philippe Ribolzi, président de l’Association Lac Noir, fondée en 2020 et engagée pour la réinstallation rapide d’une infrastructure similaire.
Une STEP (station de transfert d’énergie par pompage) est un dispositif ingénieux et respectueux de l’environnement. Fonctionnant en circuit fermé, il repose sur une canalisation reliant les lacs Noir et Blanc, ce dernier étant situé une centaine de mètres plus haut. Ce système permet de générer de l’électricité sans apport externe.
En période de forte demande énergétique, les vannes s’ouvrent, l’eau s’écoule par gravité vers les turbines de la centrale située au bord du lac Noir, produisant ainsi de l’électricité pour le réseau. À l’inverse, pendant les heures creuses, lorsque la consommation baisse et que l’énergie est moins coûteuse, l’eau est pompée vers le lac Blanc pour reconstituer son potentiel énergétique.
"Nous devrions être en mesure de produire environ 55 GWh, soit l’équivalent de 18 éoliennes", précise le maire. Actuellement, seules une dizaine de stations de ce type fonctionnent en France, principalement dans les Alpes. "Ce projet contribue à renforcer l’indépendance énergétique de la vallée", défend Philippe Ribolzi, soulignant qu’il s’agit à la fois d’une innovation et d’un retour aux idées de l’ingénieur franco-suisse René Koechlin, à l’origine de la centrale de Kembs sur le Rhin.
Au-delà des enjeux environnementaux et de la production d’une énergie renouvelable, cette initiative représenterait un atout financier majeur pour Orbey et l’ensemble de la communauté de communes de la vallée de Kaysersberg, qui regroupe huit communes et environ 17 000 habitants. Un appel d’offres sera lancé d’ici fin 2025 pour sélectionner un opérateur énergétique. "Nous attendons quatre à cinq candidats. Afin de sécuriser l’investissement du futur exploitant, l’État deviendra propriétaire des lacs", explique Guy Jacquey.
Jusqu’à présent, ces plans d’eau appartenaient à la commune, une singularité héritée du XIXe siècle, lorsque agriculteurs et industriels avaient négocié leur contrôle. À l’heure actuelle, la plupart des lacs du Haut-Rhin sont sous la tutelle de la Collectivité européenne d’Alsace. En cédant la propriété des lacs, Orbey devrait percevoir entre 700 000 et 800 000 euros, puis entre 550 000 et 750 000 euros par an grâce à la taxe foncière.
La communauté de communes bénéficierait également des taxes sur les entreprises, estimées entre 800 000 et 1,1 million d’euros par an. "Cela nous permettra de financer des projets utiles aux habitants de la vallée", se félicite le maire, précisant que la concession sera attribuée pour une durée de 50 ans.
Mais qu’implique cette cession pour la municipalité ?
"Peu de choses, en réalité", estime Guy Jacquey. "Nous n’avions ni les moyens ni les compétences pour exploiter ces lacs. De plus, le contrat inclura une clause garantissant un débit d’eau constant de 240 litres par seconde pour la commune." L’entreprise concessionnaire devra également entretenir les berges du lac Noir, assurant ainsi la préservation de cet espace naturel apprécié des randonneurs.